sorcière brio ados
Définitions S

Sorcière

Sorcière, nom féminin. Personne à laquelle on attribue des pouvoirs surnaturels et en particulier la faculté d’opérer des maléfices. Du latin sortiarius : diseur·se de sort.

Les sorcières existent-elles ? 

Les sorcières (et les sorciers dans une moindre mesure) ont existé, et existent toujours dans plusieurs cultures. Ce qu’on définit comme une sorcière (ou un sorcier) dépend beaucoup de la culture sur laquelle on se base. Toutefois, la notion de sortilège et de pouvoir magique qu’on lui appose est universelle. La notion de peur revient aussi souvent. Dans la culture occidentale, on a longtemps cru à la sorcellerie. On pensait que la nature était peuplée de forces surnaturelles et que certains humain·es, pouvaient par divers procédés (invocations, rituels), s’en servir pour faire le bien ou le mal. Dès l’Antiquité, on a commencé à réprimer et condamner à mort les personnes pratiquant la sorcellerie.

En réalité, les personnes accusées étaient, en très grande majorité celles/ceux qui pratiquaient une forme de médecine alors qu’elles n’y étaient pas autorisées : des sage-femmes, des guérisseuses, des chamans… Au Moyen-Âge et à la Renaissance, la société est chrétienne et les sorcières sont accusées d’opérer contre de la religion. On leur attribue des pouvoirs et des dons maléfiques. 

Mais du coup, elles avaient des pouvoirs ?

Pas plus qu’aujourd’hui, en tout cas. Au Moyen-Âge on avait très peu de connaissances scientifiques et on s’en remettait beaucoup à la religion pour guérir les maladies. De manière un peu grossière, ce qu’on n’expliquait pas (par la médecine de l’époque): si c’était bon c’était Dieu, si c’était mauvais c’était potentiellement le Diable. Sauf que les guérisseur·euses, les chamans, des soigneur·euses, les sage-femmes opéraient sans connaissances scientifiques (validées par les érudits, donc les religieux). Certain·es avaient supposément des dons, d’autres s’en remettaient à leurs connaissance des plantes ou du corps. Ce savoir résultait d’un héritage culturel, traditionnel et de leur expérience. Au mieux, elles exerçaient des médecines naturelles, au pire, elle étaient complètement inoffensives, que leurs intentions eut été bonnes ou mauvaises. Donc, les institutions interdisaient leurs pratiques, craintes par le peuple.

On s’est alors mis à leur attribuer des pouvoirs bien au-delà de leurs pratiques, des pouvoirs maléfiques, qui les rendaient nuisibles et dangereuses aux yeux de tous·tes. Le peuple rendaient les sorciers et les sorcières responsables de tous les maux, les incendies, les mauvaises récoltes, les maladies… Elles/Ils étaient lynché·es sur les places publiques. C’est à la Renaissance que l’Eglise catholique a reconnu officiellement l’existence de la sorcellerie. Puis, l’a présentée comme quelque chose à éradiquer. C’est le début des chasses aux sorcières.

Les chasses aux sorcières c’est quoi ? 

Historiquement, c’est littéralement la persécution des sorcières. Elles étaient traquées et brûlées, noyées, lapidées… Les intellectuels et les théologiens développaient des théories complotistes contre les sorcières. On les accusait de pactiser avec le diable, de se réunir la nuit pour faire leurs rituels, potions et incantations. Par dessus tout, d’avoir une sexualité débridée afin de renverser l’ordre moral et d’anéantir la chrétienté. C’était une manière de lutter contre l’hérésie. Tout le monde était invité à dénoncer tout comportement suspicieux, pouvant s’apparenter à une pratique de la sorcellerie. De nombreux récits décrivent les rites et alimentent l’image d’Epinal de la sorcière que nous connaissons aujourd’hui. Les débuts de l’imprimerie ont permis de répandre très largement cette pratique.

En Europe, en 5 siècles, on estime qu’il y a eu 110 000 procès contre sorcellerie. Donnant lieu, la plupart du temps, à des condamnation à mort. Si on parle de chasses aux sorcières et non de sorciers c’est qu’on estime à 80% le nombre de femmes concernées par ces condamnations. En fait, beaucoup de femmes seules, veuves, vieilles, ou qui pratiquaient la médecine (alors qu’elle était réservée aux hommes) ont été pointées du doigt. C’est pour ça que c’est la figure de la sorcière que l’on retient aujourd’hui et non celle du sorcier. C’est comme ça que la sorcière est devenue LE symbole des religions païennes (dire ni chrétiennes, ni juives) dans notre héritage judéo-chrétien.

L’image de la sorcière

Tu l’auras compris le noir, les potions magiques, les incantations etc. constituent un imaginaire qui nous vient de la Renaissance… Mais la tenue aussi. L’idée des chasses aux sorcières est apparue par mimétisme des persécutions qu’il y avait déjà contre les hérétiques. La figure contemporaine de la sorcière se cristallise au 19e siècle dans les contes pour enfants, notamment ceux des frères Grimm. Elle fait l’objet d’une métaphore de la figure du juif (vu comme hérétique) à la Renaissance. Elle ressemble au juif·ve stigamtisé·e du Moyen-Age : un chapeau noir pointu, nez crochu et une tenue sombre. Il semblerait aussi que de nombreuses tares que l’on associait aux sorcières (ex : les mangeuses d’enfants) étaient les mêmes que celles que l’on reprochait au peuple juif. On appelle aussi leur réunion nocturnes le sabbat (en référence au shabbat).

Le balai apparaît progressivement, considéré comme représentatif des activités féminines. Et de leur sexualité supposément dévergondée (avant, les sorcières volaient grâce aux animaux). À part dans Harry Potter, c’est rare que l’on voit un sorcier sur un balai…

Les sorcières et Halloween

Il y a 10 siècles, Halloween correspondait au premier jour de l’an païen dans les pays de culture celtique. Le 1er novembre, on fêtait Samhain, le dieu de la mort. La croyance était que la veille de cette fête les esprits de morts se mêlaient à ceux des vivants. On retrouve d’ailleurs cette idée dans beaucoup de cultures, notamment au Mexique avec la célèbre Dia de los Muertos. Ou encore la Fête des morts.  Alors que les humain·es sortaient chanter, danser et rire autour du feu pour vaincre leur peur, tous les esprits maléfiques étaient de sorties. Les sorcières enfourchaient leur balai et s’enduisaient d’huiles végétales dont elles maîtrisaient les pouvoirs.

halloween brio ados

Le symbole de la sorcière

Symboliquement, la figure de la sorcière est intéressante car elle dit beaucoup de la manière dont les femmes ont été considérées au fil de l’Histoire. Si on résume, les sorcières, c’étaient des meufs badass qui n’avaient pas besoin des hommes. Des femmes « savantes » et qui n’acceptaient pas de faire ce qu’on leur demandait et exerçaient des métiers réservés aux hommes. En dehors de l’inspiration antisémite, la sorcière est une vieille femme qu’on a rendu effrayante. Est-ce que tu as remarqué que dans les contes classiques occidentaux les vieux hommes sont sages et les vieilles femmes, hyper flippantes (coucou Hansel et Gretel) ? En fait, la sorcière incarne tout ce qu’on devrait détester chez une femme : qu’elle soit vieille, laide et qu’elle ne réponde à aucun homme.

Bref qu’elle ne soit pas faite pour plaire aux hommes. Parce que, oui, souvent la sorcière est jalouse et se venge d’une belle jeune femme (coucou Blanche Neige). Alors, tu vas nous dire qu’il y a aussi des sorcières séduisantes. Déjà, ces exemples sont plutôt récents. Ensuite, souvent, elle doit abandonner ses pouvoirs pour pouvoir vivre son histoire d’amour parmi les humain·es lambda. Ces aptitudes spéciales sont menaçantes et honteuses, elle doit les cacher. 

Du coup, pourquoi la sorcière redevient cool ?

Aujourd’hui, tu as peut-être remarqué que la figure de la sorcière redevenait cool, même en dehors d’Halloween. On doit beaucoup à la série Charmed de Constance M Burge et Aaron Spelling. Tu ne connais peut-être pas parce que c’est un peu vieux (comme nous). En gros, Charmed c’est trois soeurs sorcières qui combattent le Mal. Et elle sont très cools et elles arrivent à avoir des histoires d’amour (la série n’est pas non plus parfaite). Les femmes et les filles se réapproprient aujourd’hui la figure de la sorcière pour revendiquer leur indépendance vis-à-vis des hommes. Elles rappellent que beaucoup de femmes ont été tuées simplement parce qu’elles soignaient les malades et accompagnaient les femmes enceintes.

Elles disent simplement qu’elles ne sont pas moins femmes lorsqu’elles sont seules, âgées et libres de faire leurs propres choix. La sorcière revient souvent dans la rhétorique féministe pour ces mêmes raisons. Par exemple, le slogan « nous somme les petites filles des sorcières que vous n’avez pas réussi à brûler »? En tout cas, nous on a envie de croire à la puissance des sorcières.

La sorcellerie aujourd’hui

Depuis la fin du 20e siècle, des religions ou courants de pensée prennent leurs racines dans toute la mythologie associée à la figure de la sorcière. Le mouvement religieux néo-païen éco-féministe de la Wicca en est probablement la manifestation la plus connue. Le wiccanisme est basé sur l’« Ancienne Religion Païenne » et redéfinie par Gerald Gardner. Il n’y a pas d’origine textuelle ou scientifique à ce mouvement qui a largement été diffusé grâce à la culture populaire, notamment anglo-saxonne (coucou Charmed).

La Wicca inclut des éléments de croyances telles que le chamanisme, le druidisme et des mythologies européennes. Les wiccans vouent un culte à la nature, la Déesse Mère et pratiquent la sorcellerie. Si certain·es pensent êtres les héritier·ères des sorcières brûlées pendant l’Inquisition, d’autres ne s’en approprient que l’idéologie politique éco-féministe. Les contours de ce mouvement protéiforme sont floues et ses adeptes la redéfinissent chaque jour. Si tu n’en pas entendu parler, va regarder sur le #witchtok pour comprendre comment les sorcières se manifestent de nos jours.

La team Brio ados
🖍 Pernelle Marchand

Jette un œil à ces articles aussi !