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Définitions R

Racisme

Racisme, nom masculin. Idéologie qui établit une notion de hiérarchie entre les races, les ethnies.
Attitudes hostiles conscientes ou non qui s’accordent avec cette idéologie.

Qu’est-ce qu’est le racisme ?

On parlera principalement du racisme en France. Il peut être assez différent d’un pays à l’autre, en fonction des contextes politico-historiques. 

Quand on parle de racisme aujourd’hui on parle des discriminations, des agressions, des remarques subies par des personnes en raison de leurs origines ethniques, de leur couleur de peau ou leurs croyances. Ça concerne aussi le fait d’alimenter des clichés, même quand ils font l’objet de compliments. En France, s’il est assez difficile aujourd’hui de dire ouvertement que l’on est raciste (encore que…), le racisme n’a pas disparu pour autant. Parfois, il se manifeste par des actes très évidents, brutaux et méchants comme des insultes. D’autres fois, il transparaît à travers des actes plus discrets et insidieux qui peuvent être reçus tout aussi violemment. Ça représente plein de types de micro-agressions au quotidien pour les personnes concernées. On parle alors de racisme ordinaire, de racisme systémique, d’exotisme ou encore de colorisme

Petit point de vocabulaire. On va parler de personnes racisées pour parler des personnes victimes de racisme. C’est-à-dire d’origines noires, arabes, asiatiques, juives, gitanes etc…

Le racisme ordinaire, qu’est-ce-que c’est ?

Le racisme ordinaire définit tous les actes racistes qu’une personne va faire sans même s’en rendre compte. Quand il y a toujours quelqu’un·e pour te rappeler que ta couleur de peau, ta religion, ton nom est différent·e. Que tu n’es pas tout à fait des « leurs ». Par exemple : toucher les cheveux crépus de quelqu’un·e sans lui demander. Ou encore dire « chinois » pour désigner toute personne asiatique, faire des blagues racistes juste « pour rire ». C’est aussi tout ramener à la couleur de peau de quelqu’un·e constamment. C’est-à-dire penser que toutes ses qualités et ses défauts sont dûs à ses origines ethniques. 

Si tu es toi-même blanc·he.

Avant de faire une remarques sur la peau, les croyances, les cheveux, les origines etc. d’une personne racisée, demande-toi si tu aurais fait la même remarque à une personne blanc·he. Si ce n’est pas le cas, mieux vaut t’abstenir. Évite les généralités, même si elles te semblent positives. Ça souligne la distance que tu mets entre « toi (vous) » et « les autres ». Par exemple :

  • demander les origines de quelqu’un·e dès que tu le·a rencontres,
  • s’étonner du fait qu’il/elle sorte avec que d’autres personnes racisées,
  • penser qu’une personne est travailleuse ou timide parce qu’elle est asiatique,
  • imiter l’« accent africain » (spoiler, comme en Europe, en Afrique il y a plusieurs pays, langages et donc accents) etc.

Peu importe si certains clichés sont vrais pour certaines personnes, les généralités font le lit du racisme. Surtout, si tu fais ou dis une bêtise, excuse-toi et apprends de tes ami·es renseigné·es et de tes ami·es racisé·es.

Le racisme systémique, qu’est-ce-que c’est ?

Le racisme systémique est probablement celui qui fait le plus de mal au quotidien. En même temps, il n’existe pas sans les autres. Ça veut dire le racisme qui vient du système, de la manière dont la société est construite. Celui qui perpétue les inégalités vécues par les personnes racisées notamment en matière d’éducation, de revenus, d’emploi, d’accès au logement et aux services publics. Par exemple, tu as sûrement entendu parler des violences policières. Elles découlent de tout un système de justice biaisé par le racisme. Les personnes racisées se font plus contrôlées, sont jugées plus durement (peines plus lourdes), se retrouvent plus en prison, et donc, sont vues comme plus dangereuses.

Les médias qui reprennent ces infos alimentent ainsi le mythe de « l’étranger dangereux » auprès du grand public. Nourrir la peur des personnes racisées auprès de la population, ça permet de continuer à justifier les injustices qu’elles subissent quotidiennement. Ça alimente les préjugés sur les personnes racisées, issues de l’immigration, en France. Elle seront jugées moins dignes de confiance et moins méritantes qu’un·e Français·e blanc·he. Par exemple, la presse parle moins des attentats nationalistes commis par des blancs, que ceux commis par des djihadistes, même lorsqu’ils sont plus violents, et plus meurtriers.

Pour résultat, les personnes racisées sont, en moyenne, moins bien soignées, moins embauchées, plus difficilement logées, moins bien payées, moins bien considérées et plus inculpées. D’ailleurs, la France a été condamnée, en 2016, par la Cour de cassation pour contrôle d’identité abusif (délit de faciès).

Le colorisme, qu’est-ce-que c’est ?

Le colorisme est une notion post-coloniale (c’est-à-dire apparue à la suite de l’époque des colonies) qui instaure une hiérarchie entre les différentes couleurs de peaux au sein d’une communauté racisée. Ça veut dire que plus une personne est claire de peau, plus elle sera considérée comme belle (et chanceuse). L’industrie de la cosmétique en a largement profité en fabricant des produits très toxiques pour éclaircir les peaux les moins claires. La vente de ces produits est interdite en France, mais certaines marques françaises, comme l’Oréal, continuent de les commercialiser en Afrique et en Asie. Les personnes dites « métisses » peuvent aussi en souffrir, car elle sont parfois considérées trop marquées pour être bien intégrées par les blanc·hes et trop blanc·hes pour être accepetées dans leurs communautés. 

L’exotisme, qu’est-ce-que c’est ?

L’exotisation est le fait de projeter des fantasmes clichés sur des personnes racisées. C’est tout ce qui se rapporte au fait considérer un·e être humain·e comme éxotique. « Éxotique », qui veut dire loin d’ici, appuie la notion d’ailleurs, d’inconnu, de mystérieux par rapport à un référenciel local et blanc. Alors que ça peut être perçu comme un compliment, une fois de plus, on réduit un·e individu·e à son corps et son éthnie. Comme si c’était la seule chose qui la/le définissait. C’est surtout employé dans le domaine de la séduction et l’industrie de la mode. Typiquement, on parle souvent de « beauté exotique/sauvage » pour des mannequins racisées. C’est aussi attribuer des traits de caractères, soi-disant positifs et typiques d’une ethnie, à une personne racisée pour la faire correspondre à ses fantasmes. C’est très utilisé dans l’industrie du porno notamment. Encore une fois, ça alimente les préjugés, c’est réducteur et ça ne sert qu’à alimenter le fétichisme racial et ethnique.

Mais en fait ça sort d’où tout ça ?

Pour comprendre le racisme, son origine et pourquoi on a voulu en parler, il faut s’interroger sur la notion de « race » (du mot) quand on parle d’êtres humain·es. À partir du XVIIIe siècle, des scientifiques, ont cherché à établir un classement interne à l’espèce humaine. Comme pour les animaux et les plantes (tu vois ton cours de SVT avec les espèces et les sous-espèces ?). Aujourd’hui, on remet cette notion en cause, mais elle permet de nommer les phénomènes discriminatoires dont on parle. En France, les sciences étaient une arme, parmi d’autres, pour asseoir sa puissance, elles étaient donc manipulées pour correspondre aux théories racistes et justifier la suprématie de la « race blanche ». Ces classements ont été établis à partir de critères morphologiques et culturels et réalisés pour établir une hiérarchie entre ces races. Les scientifiques contemporains ont commencé à se rendre compte que la classification n’avait pas de sens, que les patrimoines génétiques humains étaient trop variés (sans compter tous les croisements dus au voyages) pour pouvoir être hiérarchiser. Ce sont, pour autant, ces théories qui ont justifié la traite des esclaves ou la Shoah, par exemple.

Cependant les discriminations raciales ont surtout des origines liées à la colonisation partout dans le monde. Elles n’ont pas, non plus, été perpétuées que par des personnes blanches.

Mais ça c’était avant ?

Presque, et ça continue de changer, mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. Depuis plusieurs années, on se rend compte du manque de rigueur des recherches scientifiques et sociales qui justifiaient, auprès de la population, des comportements racistes. On souligne aussi, de plus en plus, le manque de diversité ethnique des chercheur·euses, ce qui engendre de nombreux biais dans les résultats. On découvre aussi des travaux anciens qui allaient à l’encontre de la théorie de la supériorité de la race blanche. Mais il reste des séquelles, des biais de pensée, des préjugés, et surtout, toute une société européenne construite sur un modèle non racisé considéré « neutre » (il n’est pas neutre, il est « blanc »).

En France, on a un passé impérialiste, c’est-à-dire, que pour des raisons politiques, la France a annexé certains pays : les colonies. Ça a instauré un rapport de force encore ancré dans les mentalités aujourd’hui. Tu vois, on en revient au fait que les personnes non racisées, en tant que communauté, se considèrent inconsciemment (ou non) plus cultivé·es, plus intelligent·es, mieux éduqué·es, plus beaux·belles etc.

Pourquoi c’est important d’être activement anti-raciste et pas juste « pas raciste » ?

Il faut bien comprendre que le racisme n’est pas que l’affaire des personnes racisées. Ce serait trop cool de se dire qu’il suffirait de ne pas être raciste soi-même pour que le racisme n’existe plus. Mais c’est plus compliqué que ça. On vit dans une société fondamentalement raciste. Ça ne veut pas dire tout le monde est raciste, ça veut dire, que la société française contemporaine est pensée par et pour les blanc·hes en majorité. Ça veut dire, que même sans le vouloir, tu peux avoir des biais de pensée, et donc des agissements racistes. Et oui ça peut arriver même aux personnes racisées puisqu’elle vivent dans la même société que les blanc·hes. Ça alimente toutes les injustices sociales (et le racisme systémique). Pour être anti-raciste, il faut constamment questionner ses propres biais et éviter de les alimenter par des médias peu scrupuleux. Fais attention à la manière dont les mots et les images que tu lis et vois sont manipulés. Si une pensée raciste te passe par la tête, ne la dis pas, même pour déconner. Moins on entendra de propos racistes, moins on y pensera. 

Comment réagir si je suis victime de d’une discrimination ou d’une agression raciste ?

Quand on est victime d’une agression raciste on est souvent frustré·e, humilié·e en colère mais on arrive pas toujours à réagir. Ne culpabilise pas si tu ne fais rien, mais tu as le droit d’être fâché·e et de t’énerver. Les agissements racistes sont punis par la loi (et doivent l’être). Si ça arrive à l’école, trouve un responsable hiérarchique en qui tu as confiance, parles-en à tes parents. Si tu subis face à un traitement injuste de la part de la d’un·e représentant·e de l’État ou de la justice, essaie d’enregistrer les propos. Tu pourras te retourner contre lui/elle·s. Si c’est un comportement répété, récolte le maximum de preuves (enregistrements, message, noms etc.) pour constituer un dossier solide.

Quand tu te sens la force, exprime ton malaise à la personne qui t’a offensé·e. Si la personne en face ne pense pas à mal, essaie de lui expliquer en quoi c’était raciste. Rappelle-toi aussi que c’est ton vécu, que ce que tu ressens est légitime, que tu n’es pas obligé·e de te justifier. Tu as aussi le droit de mettre fin à des relations toxiques (amicales, amoureuses, familiales) pour cause de comportement racistes. 

Pour les adolescent·es racisé·es adopté·es par des familles blanches, on parlera bientôt d’adoption dans un prochain article. 

On te conseille vivement le témoignage de Sébastien sur le racisme anti-asiatique en France.
https://www.instagram.com/tv/CGFs6IkI3s3/

Je suis blanc·he, je ne comprends pas bien mais j’aimerais aider. 

Il y a malheureusement trop d’exemples pour faire une liste exhaustive de tout ce qui est à ne pas faire. Ne ris pas aux blagues racistes, excuse-toi quand on te fait remarquer un comportement déplacé et pose des questions. Écoute les personnes directement concernées, apprends de leurs expériences. Laisse-les s’exprimer elles/eux-mêmes. Lorsque tu témoignes d’une injustice, ne considère pas que ce n’est pas ton problème. Essaie d’éduquer les gens autour de toi en discutant. Accepte de ne pas tout comprendre. Toutes les personnes racisées ne sont pas militantes et ne vivent pas le racisme de la même manière. Ne fais pas de généralités. Tes ami·es racisé·es ne te doivent pas d’explications non plus s’ils/elles n’en n’ont pas envie. Renseigne-toi, lis des livres, des articles, regarde des séries, écoute des podcasts. Sont-ils tous·tes blanc·hes ? Est-ce que les premiers rôles sont des personnes racisées, est-ce que leur personnage est complexe ou cliché?

Qu’en est-t-il du racisme anti-blanc ? 

Le racisme anti-blanc (ou racisme inversé) n’existe pas. C’est un concept très décrié par de nombreux sociologues, qui rappellent l’importance du contexte historique dans la notion de racisme. Il peut y avoir des discriminations envers les blanc·hes, parce qu’ils sont blanc·hes, notamment dans certains pays majoritairement non-blancs. On parlera alors d’autres formes de discrimination comme la xénophobie (peur/discrimination envers les étranger·es) ou l’anti-sémitisme. Il s’agit bien de comportements injustes et non de racisme. On ne peut pas parler de hiérarchie de race ou d’une forme d’asservissement des personnes blanches qui prendraient son origine dans l’Histoire. Ces discriminations ne découlent pas d’un système raciste qui engendrerait de la discrimination à l’emploi, au logement, à l’accès au soin.

Utiliser cette expression n’a pas de sens en France, où être blanc·he est un privilège, ça discrédite les luttes anti-racistes. On parlera de la notion de privilège dans un autre article. Mais être priviligié·e parce que tu es blanc·he ça veut dire que même si des choses pas cools te sont arrivées, même si tu es peu éduqué·e, que ta famille galère et que tu subis des dicriminations sociales, ça n’est pas à cause de ta couleur de peau. 

Et sinon comment ça s’arrange ?

Il y a aujourd’hui beaucoup de personnes qui luttent contre le racisme. De nombreux artistes, écrivain·es, producteur·rices de films et séries racisé·es rendent leur travail de plus en plus visibles. Il y a aussi de plus en plus de ressources pour s’éduquer et aider à combattre le racisme au quotidien. On a fait un article avec plein de recommandations (films, docu, livres, série, podcast…). Nombreux sont les comptes instagram et youtubeur·euses qui expliquent, dénoncent, décryptent le racisme en Occident. Dans la musique aussi, pas mal d’artistes dénoncent le racisme qu’ils·elles subissent, comme Lous and the Yakusa ou Damso. Des associations luttent aussi pour la visibilité des personnes racisées et la reconnaissance de leurs droits humains comme Lallab, Black lives Matter ou Justice pour Adama.

La team Brio ados

Témoignage

Sébastien se faisait appeler Face de citron quand il était petit.

🇨🇳 🇫🇷 Sébastien est métisse sino-français, et se faisait appeler Face de citron quand il était petit. Il a aujourd’hui 22 ans et raconte son rapport au racisme.

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